Le tour du monde des roux – Partie 2: l’Afrique

Des roux en Afrique? Drôle d’idée me direz-vous… J’avoue qu’en débutant mes recherches sub-méditerranéennes, le doute s’est progressivement installé dans mon esprit. Mis à part les oiseaux orangés, les antilopes cuivrées et le ô combien célèbre fennec des déserts nord-africains,  je ne voyais guère de roux à l’horizon. Et puis, de rouquins et rouquines et de flux migratoires en brassages ethniques, j’ai découvert que le berceau de l’humanité comptait lui aussi des ginger heads. Qu’on se le dise, les roux sont partout!

Le mannequin Carmen Solomons

Une proportion non négligeable

S’il est une rousse africaine qui a su faire parler d’elle, c’est bien Carmen Solomons.  Cheveux roux, teint porcelaine et yeux verts… Le célèbre mannequin originaire de Cape-Town (Afrique du Sud) est le fruit d’un métissage particulièrement réussi. Une beauté troublante qu’elle doit à son père nigérian et sa mère anglo-saxonne. Un cas rare me direz-vous? Certes, mais si l’on fait cap sur le Maghreb, il semblerait que les origines de la rousseur soient bien plus ancestrales.

En effet, selon une étude datant de 2010, les populations d’Afrique du Nord descendent en partie de migrants de la péninsule ibérique arrivés il y a environ 8000 ans. Ce brassage ethnique pourrait donc expliquer la présence de personnes rousses chez les peuples berbères du Maroc et du Nord de l’Algérie. Il y aurait ainsi 4% de roux chez les Kabyles d’Algérie! Vous l’aurez d’ailleurs probablement noté mais Llama Salma, la femme du roi du Maroc et berbère d’origine, est elle-même rousse. Rousse et reine, ça fait rêver non?

Un groupe de fillettes kabyles

Mais les mouvements migratoires n’expliquent pas tout! Il serait en effet faux de penser qu’un enfant africain et roux serait forcément le fruit d’un métissage.  Et oui, quand la génétique s’en mêle, rousseur ne rime pas forcément avec blancheur. Vous avez déjà probablement entendu parler du gêne MC1R, bien connu pour être à l’origine de notre chevelure flamboyante et de notre teint diaphane. Mais connaissiez-vous le TYRP1? Ce gêne encore mal connu, puisqu’il a essentiellement été étudié chez les populations mélanésiennes, causerait une dépigmentation qui n’affecterait que les cheveux. La malnutrition, autrefois placée sur le banc des accusés, semblerait hors de cause. Le résultat ci-dessous…

Un homme africain et son enfant roux
Un homme africain et son fils roux

« Les roux de l’Afrique noire »

Leur couleur de cheveux peut certes se rapprocher de la nôtre mais la comparaison s’arrête là. Ils souffrent d’albinisme et leur différence les a condamnés à être les victimes d’une véritable chasse à l’homme. Car si en Occident, l’on sait que leur pigmentation est due à une particularité génétique, cette différence est encore perçue comme un phénomène inquiétant et mystérieux dans de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne. Et les albinos y sont particulièrement nombreux. « Si dans le monde, la proportion d’albinos est de 1 individu sur 20 000, on en compte jusqu’à 1 sur 200 en Tanzanie et 1 sur 16 000 au Burundi » (Source: Agoravox).  Dans ces pays où l’animisme se mêle au christianisme et à l’islam, les sorciers et les guérisseurs confèrent aux organes des albinos un certain nombre de pouvoirs magiques. C’est ainsi qu’ils inciteraient les villageois à démembrer et à dépecer ces derniers afin de fabriquer des potions. Les « roux de l’Afrique noire » tels qu’on les surnomme, sont devenus les objets d’une véritable traque sur fond de trafic d’organes. Et les premières victimes de ces rituels sacrificiels sont les enfants. Une extermination telle que les Nations Unies  se sont alliées aux instances gouvernementales pour enrayer ce massacre.

Albinos de l'Afrique noire
© Diego Ravier/Parallelozero

Le roux, symbole de jeunesse et d’énergie

Serions-nous maudits en Afrique? Non, je vous rassure. Sachez qu’en Afrique du Nord, la teinture au henné est une pratique très courante dans les sociétés traditionnelles. Comme je vous l’expliquais lors d’une précédente escale en Asie, la couleur rousse y est empreinte d’une dimension sacrée. « L’endroit où le henné pousse passe pour être béni par Allah » (Source: Roux et rousses, un éclat si particulier – Xavier Fauche).  Une telle coloration serait même recommandée par le prophète Mahomet et tiendrait ainsi de la beauté comme de la religion. Notamment utilisé pour redonner une seconde jeunesse aux cheveux blancs, le henné bénéficie en effet d’une symbolique très positive. Apparenté à la couleur du sang, il serait synonyme de courage, de force et de fécondité. Qui a dit que les roux avaient du caractère…

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