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Témoignage de Nicole

Place à Nicole, rousse de 48 ans, que j’ai rencontrée lors d’une prise de vue organisée par Pascal Sacleux. Elle revient ici sur sa différence capillaire et l’impact de sa rousseur sur son existence. Comment se construit-on quand le regard de l’autre se veut parfois dévalorisant ? Comment avance-t-on quand la stigmatisation semble tolérée ? Comment aimer et s’aimer…

Je n’ai pas vraiment souffert d’être rousse dans l’enfance mais je sentais bien que j’étais « différente » des autres. Les gens me regardaient avec insistance dans la rue. Les femmes enviaient et voulaient ma couleur de cheveux, les touchaient. Je trouvais cela bizarre. Je ne comprenais pas cette fascination car les autres (les hommes, les enfants…) n’en parlaient pas.

J’ai un frère aîné roux (sur 4 enfants) qui n’a jamais souffert car il se foutait des remarques. Ma famille n’a jamais fait cas de ma rousseur mais je n’ai pas trouvé ni le soutien ni la bienveillance espérés. J’ai appris récemment qu’une personne de ma famille proche (décédée) voulait que je me teigne les cheveux car elle n’aimait pas les roux. Une autre m’a dit, vers 18 ans, que dans l’imaginaire collectif, les rousses avaient un sex-appeal très développé et n’étaient jamais des femmes ordinaires. J’avoue que ça m’a perturbée. Je ne me sentais pas à la hauteur de cette réputation. Cela a développé une méfiance pendant un temps envers certains hommes en me demandant s’ils ne voulaient pas juste « essayer une rousse ». J’étais toujours surprise qu’un beau mec s’intéresse à moi, influencée sans doute parce qu’à 13 ans un membre de ma famille qui avait 20 ans à l’époque m’a dit que je ne plairais jamais aux garçons, et que certaines copines me poussaient à sortir avec des roux car elles pensaient que les autres garçons ne pouvaient pas me trouver belle. En fait, je plaisais à certains garçons comme n’importe quelle autre fille finalement, même si parfois ça a été compliqué de séduire.

« À l’école, l’adolescence fut le début de l’enfer. »

Lors de ma première boum vers 12-13 ans, un garçon pas très délicat a dit que je puais et ça a faire rire tout le monde. Cela m’a marquée. Là, j’ai pris conscience que la séduction auprès des garçons n’allait pas être simple.  Un autre garçon que j’ai bousculé involontairement dans un couloir du collège a crié tout fort : « Je vais te faire bouffer tes cheveux ». Cet incident m’avait terrorisée. J’ai eu aussi droit aux remarques classiques : « T’es restée sous une gouttière ? T’as rouillé, utilise Frameto, T’as bronzé à travers une passoire ? »…

Je me souviens aussi d’une lycéenne qui m’a étranglée avec mon écharpe en me traitant de « sale rousse, dégage » . Ça se passait dans la rue devant le collège-lycée. Personne n’est venu à mon secours. Au contraire, ça a fait rire les autres.

Une autre épreuve au collège était le chemin que je devais emprunter chaque jour pour me rendre au self du lycée accolé au collège. Ma crainte était de croiser cette fille qui m’avait étranglée car dès qu’elle me voyait, j’avais droit à une pluie d’insultes. Cela a duré quelques mois.

En 4ème et 3ème, ce fut très dur car j’étais régulièrement insultée. En journée, je serrais les dents mais arrivée à la maison, je pleurais toute seule presque tous les soirs. J’encaissais les brimades et la souffrance mais j’en payais la contrepartie en étant de plus en plus stressée et angoissée. J’allais souvent à l’infirmerie pour soigner mes maux de ventre. À la maison il y avait d’autres soucis qui ne me permettaient pas de trouver un quelconque réconfort.

« Je cherchais désespérément des réponses à mes questions. »

Pourquoi je suis rousse ? Pourquoi cette couleur provoquait-elle des insultes ? Pourquoi s’attaquait-on à mon physique alors que je n’avais rien demandé ? Cela a déclenché chez moi une certaine inhibition mais surtout une grande timidité voire une phobie sociale. En tout cas, une grande souffrance. On ne pouvait pas m’approcher sans que je rougisse et ça a duré longtemps. Je rêvais d’être noire. J’essayais de me faire toute petite alors que j’étais un phare dans un groupe… En fait, je voulais que l’on me remarque et en même temps passer inaperçue. Tout un paradoxe qui perdure encore maintenant.

« J’ai toujours eu des amis. »

En revanche, je n’ai jamais été isolée socialement. Les élèves de ma classe ou ceux que je côtoyais en dehors ne m’embêtaient pas. Ce sont des parfaits inconnus qui m’insultaient. Et en règle générale, les filles étaient les plus virulentes. J’ai été rarement embêtée par les garçons.

Au lycée, ça s’est calmé et dès qu’on me faisait une remarque, je me rebiffais même si intérieurement, j’étais blessée. On peut dire que la confiance en moi, je l’ai perdue au collège, entre mes 13 et 15 ans, et que j’ai ramé ensuite pour la recouvrer. J’avais peur, je trouvais le monde trop violent. J’ai le souvenir aussi d’avoir voulu me tondre les cheveux (en pleine époque Sinead O’Connor) pour me débarrasser de mes cheveux, autant pour la couleur que pour leur abondance. C’était un poids autant physique que moral. Je n’en pouvais plus de ma singularité. Je ne me suis pas aimée suffisamment. Et j’avais un besoin éperdu d’amour.

« Parmi les anecdotes positives, je citerais deux choses »

À 8 ans, à Paris, une amie photographe de ma tante a trouvé que j’avais une bouille charmante et de magnifiques cheveux et m’a emmenée voir une amie dessinatrice illustratrice de BD. Elle travaillait beaucoup avec les Japonais. Apparemment (je m’en souviens pas on me l’a raconté), elle a fait des dessins de ma bouille car je l’ai inspirée.

À 14 ans, je me suis rendue au Pays de Galles. Je n’ai jamais été aussi draguée de ma vie. Ça m’a fait un bien fou. J’étais prête à rester vivre là-bas.

« Et parmi les souvenirs plus négatifs… »

À 11 ans, je devais me faire tirer le portrait chez un photographe. C’était au mois de mai. J’avais plein d’éphélides sur le visage. Il a demandé à son assistante de les atténuer en me mettant une sacrée couche de fond de teint. Je me souviens qu’il pestait après moi car je n’ai pas souri une seule fois ! Je n’avais qu’une envie, c’était de lui tirer la langue et de m’enfuir… J’ai détesté cette séance.

À 12 ans, je me suis rendue à la bibliothèque et au moment de réserver les livres, le bibliothécaire m’a dit « Pas la peine de me donner ton nom, je le connais c’est Le Roux » et il a eu un sourire de satisfaction, moqueur. Ça m’a énormément blessée.

« Depuis toute petite je suis très sensible à l’injustice. »

Je pense que la violence et la souffrance qui en ont découlé, subies à un âge où l’on se construit a accentué certains traits de mon caractère. Ma timidité, qui a diminué avec l’âge heureusement, est en opposition permanente avec une certaine impulsivité. Je peux réagir fortement aux moqueries, à la violence, au rejet, au racisme de toute sorte, à l’abus de pouvoir et à la connerie aussi…

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Je canalise comme je peux ma sensibilité et mon hyper émotivité. Je passe régulièrement du « je l’ouvre » ou « je me tais ». L’un ou l’autre m’épuise car ça bouillonne intérieurement. Tout n’est pas réglé mais même à mon âge j’avance, je progresse, j’évolue… Tout ce qu’on vit dans l’enfance et l’adolescence laissent des traces à l’âge adulte. On fait ce que l’on peut mais le principal, c’est d’avancer. Rien n’est figé, ni la souffrance ni la construction identitaire. Avec les expériences de vie, positives ou négatives, tout est en perpétuel mouvement. Malgré tout je pense que j’ai une grande force intérieure acquise très tôt. Je suis courageuse, tenace. Les blessures m’ont blindée et fragilisée aussi. J’aime me comparer à un roseau. Je plie mais ne romps pas.

« Par le passé, je n’arrivais pas à trouver ma place… »

Avant, je n’étais pas bien dans ma peau, j’avais honte de moi, je n’acceptais pas ma rousseur. Je ne me trouvais pas belle. J’étais en grande souffrance. Mais je ne me confiais pas. Je gardais tout en moi. Je n’assumais tellement pas d’être rousse que je fuyais les autres roux. Non pas parce que je les trouvais moches ou antipathiques mais parce que je ne voulais pas qu’on attire l’attention, qu’on provoque encore plus de moqueries.

A une époque de ma vie, je trouvais suspicieux qu’on puisse rêver d’être roux ou d’avoir des enfants roux.

« Aujourd’hui, les autres me disent que je suis blonde. »

La couleur de mes cheveux n’est plus flamboyante comme à 20 ans. Depuis 10 ans, ils blanchissent.  Ceux qui m’ont connue avant, et même les membres de ma famille pensent que je me teins les cheveux ! Ceux qui me connaissent depuis peu rigolent quand je dis que je suis rousse et sont même choqués quand j’insiste. Ils me font des blagues de « blonde ». Chez le coiffeur on veut ma couleur… Je suis obligée de me justifier en permanence. Je vois bien l’incrédulité dans leurs yeux ! Je ne me sens pas blonde mais rousse mais on nie ce statut ! Mon identité (?) est encore bousculée. Comme quoi à 20 ans, j’aurais rêvé d’avoir une autre couleur, et aujourd’hui j’assume ma rousseur mais la couleur est partie. Et je n’ai pas envie de me teindre les cheveux. En fait, je ne revendique rien mais je constate qu’être rousse a marqué mon caractère et ma personnalité.

Une chose dont je suis sûre : ce n’est pas en se reniant qu’on se fait respecter mais il faut être également entouré de beaucoup d’amour pour affronter les attaques. Après, chacun a son tempérament et on se débrouille comme on peut face à l’adversité. Mais il ne faut pas rester seul avec sa souffrance.

« C’est ma fille qui m’a réconciliée avec ma rousseur. »

Je ne suis pas fière de raconter cet épisode de ma vie mais parfois on souhaite être un parent parfait et on se rend bien compte que l’on ne peut pas tout maîtriser.

Je ne souhaitais pas d’enfant roux. Je sais, c’est dur à entendre, à comprendre. Moi-même, j’ai beaucoup culpabilisé à penser ainsi. J’ai souffert de ma rousseur et je pensais que je n’avais pas « les armes » pour soutenir ma fille dans sa différence, sa singularité.

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À sa naissance, j’étais heureuse d’avoir une fille après avoir eu un garçon, mais j’ai connu de grands moments de solitude et de détresse à la maternité, quand je me retrouvais seule avec elle. Ce qui a rendu la tâche encore plus difficile c’est que mon père était en train de mourir. Ça m’a déboussolée et bousculée sur mon rôle de maman ; je me posais énormément de questions sur la transmission. Je n’arrêtais pas de la photographier, je la trouvais belle et en même temps je me disais « mais pourquoi est-elle rousse ? ». Je lui en voulais presque, je m’en voulais… Elle va souffrir comme moi j’ai souffert. Et je n’arrivais pas à confier cette peine. J’avais trop honte de moi. Je trouvais que c’était tellement dérisoire comme souci. Elle était en bonne santé… C’était mon problème, il fallait que je le résolve toute seule. Ça a été compliqué à gérer.

Au début, je cachais ses cheveux sous un bonnet mais la couleur de ses sourcils trahissait sa rousseur. Je n’arrivais pas affronter les remarques des autres. Je ne me sentais pas assez forte. On me disait : « Ah, elle est quand même bien rousse ». Ça veut dire quoi, elle est quand même bien rousse ? Ce quand même de trop … bien rousse de trop…

Et puis les mois ont passé, les années aussi… De plus en plus de personnes me faisaient remarquer qu’elle me ressemblait, telle mère telle fille. Parce qu’elle était rousse, parce que j’étais rousse… C’est ma fille qui m’a réconciliée avec ma rousseur.

Les enfants ont un 6ème sens. Elle n’arrêtait pas de venir me titiller. Elle me posait sans arrêt les mêmes questions : « Maman est-ce que tu me trouvais belle quand je suis née ? Étais-tu contente d’avoir une fille ? Que je sois rousse ? ». Bien sûr, je lui ai répondu oui à toutes ces questions mais je sentais bien qu’elle n’était pas satisfaite puisqu’elle revenait sans cesse à la charge. J’ai attendu qu’elle ait 9-10 ans pour tout lui raconter, ma joie et ma douleur à sa naissance. Elle m’a écoutée attentivement et depuis elle ne me pose plus de questions. Elle sait. Elle a et m’a compris.

Elle reçoit énormément de compliments sur ses cheveux. Les quelques remarques désobligeantes que l’on peut lui faire ne la blessent pas mais ça l’énerve. Elle a du caractère. Elle est trop fière de ses cheveux, de la couleur. D’ailleurs, elle veut garder cette couleur toute sa vie. Elle aime cette singularité. Une fragilité chez moi est devenue une force chez elle. J’admire et j’aime ma fille. Je suis fière d’elle. Tout comme mon fils qui pense lui que sa sœur est la plus belle rousse du monde… et qui trouve aussi que je suis la plus belle et la plus chouette des mamans… Ma fille me parle beaucoup, elle sait qu’elle peut compter sur mon écoute et sur tout mon amour pour affronter les tempêtes.

J’ai entendu dire ce n’est pas le rôle des enfants de « réparer » les failles des parents. Je ne pense pas qu’elle porte ce que j’ai enduré. Tout est clair entre nous maintenant. Je la trouve magnifique. Et elle le pense aussi !!! Son estime de soi est plus solide que la mienne.

« Les préjugés ont la vie dure. »

Quand j’entends une personne porter des jugements sur les roux et sur les rousses, je la trouve tout de suite antipathique et je ne peux pas m’empêcher de penser qu’elle a une cervelle de moineau. C’est rédhibitoire. Le lien de confiance est rompu. Je deviens très méfiante et je suis sur mes gardes. Je ressens un malaise. C’est tellement ancré dans l’imaginaire collectif. Nous ne sommes pas les seuls à souffrir de préjugés mais nous sommes souvent isolés dans notre différence, à devoir nous battre seul contre tous. Et puis souvent, on s’adresse à nous de façon collective : par exemple « Vous les roux vous êtes… au lieu de dire tu es… ». D’autres personnes isolées peuvent souffrir de particularités physiques, être sujets à moqueries dans la cour d’école mais en général « la société » ne se moque pas d’eux. Il y a un soutien des adultes. Même si j’imagine que ce n’est pas simple pour eux non plus. En fait c’est facile de se moquer des roux, de faire des jeux de mots pourris dans les médias puisqu’il n’y a pas de véritables organisations qui soutiennent les roux. Nous ne nous sommes jamais défendus, trop habitués à recevoir des coups sans réagir. Comme si nous trouvions cela normal. Nos seules armes ? L’indifférence et l’humour, la combativité aussi mais toujours de façon individuelle. La défense et l’indignation collective n’existent pas ! Nous ne faisons pas partie ni d’une race ni d’un handicap. Juste une particularité physique minoritaire dans le monde qui provoque la moquerie voire la haine de certaines personnes.

« M’impliquer dans le projet de Pascal Sacleux était important pour moi »

J’avais entendu parler de l’expo de Pascal à l’aéroport de Rennes par la presse. Je trouvais l’idée intrigante (dans le sens : quelqu’un nous veut du bien ! Wouah… !) et magnifique. ça me tentait bien d’y aller avec ma fille. Et puis le temps a passé et je l’ai loupé. Ensuite, j’ai su après coup qu’il était venu à Carhaix pour une séance collective de shooting. Et là, j’étais carrément déçu d’avoir raté cet événement. L’info ne m’était pas parvenue. Quelques jours après, j’ai regardé son site sur Facebook et je n’ai pas hésité ! Je lui ai écrit spontanément pour lui raconter un peu mon vécu de rousse et le remercier de ce qu’il faisait. Et puis de fil en aiguille, je l’ai aidé à organiser sa venue sur Quimper. Mon implication était importante pour moi. Je voulais le remercier d’une manière ou d’une autre même s’il ne m’avait pas encore photographiée. C’était secondaire. Je n’arrive pas à l’expliquer précisément. C’était viscéral. Tout mon passé est revenu à la surface, tout ce que j’avais nié aussi. Je voulais aussi le faire pour ma fille. Je n’ai pas été déçue. Ce fut une belle rencontre. J’ai découvert une personne accueillante, chaleureuse, charismatique avec beaucoup d’humour. Pascal semble être déterminé. Il a une sacré personnalité, forte mais aussi sensible. Il en faut pour porter ce projet. J’admire ce qu’il fait, ce qu’il est en train d’accomplir. Toi et Pascal avez contribué à accentuer le « travail » de ma fille, c’est à dire à me réconcilier avec moi-même, en tout cas avec ma rousseur. C’est un bonheur de regarder ses photos et de te lire. Je me sens moins seule avec ma différence. Vous faites un travail énorme pour qu’on nous regarde avec un œil bienveillant, même si certaines personnes sont sceptiques et encore désobligeantes. Vous portez ce projet de manière intelligente et sensible. C’est ça qui me plaît. Sinon je n’aurais pas adhéré.

« Ce dimanche 15 octobre 2017, je ne l’oublierai pas ! »

Ce fut un bonheur immense de voir autant de roux et de rousses. Une vague de 124 personnes a déferlé. L’étonnement du début a laissé la place à l’émerveillement. J’ai ressenti comme un bien-être. J’ai aimé écouté quelques personnes parler de leur rousseur ou de la rousseur de leur conjoint, de leur enfant. Tout le monde était joyeux, heureux d’être là. J’aurais aimé les revoir. J’étais presque triste de les voir partir. J’aurais bien aimé qu’on déjeune tous ensemble ! Bref ce jour là, j’avais la banane ! Je me sentais fière d’être rousse. J’étais bien…ma fille aussi a adoré cette journée ! Mission accomplie…

Régulièrement on me disait « J‘aime pas les roux sauf toi c’est pas pareil« . Et on me disait ça droit dans les yeux. Ça me rendait perplexe, en plus de me blesser. Comment pouvait-on sortir ce genre d’âneries. Ce genre de remarques a perduré même à l’âge adulte. La bêtise a encore de l’avenir…

Élodie

Blogueuse 100% rousse. Bavarde sans être verbeuse, insoumise mais pas inflexible, j’exhibe ma crinière avec fierté et caractère. Amis roux et rousses, ce blog vous est entièrement dédié !

2 Commentaires
  • Coutel

    10 janvier 2018 le 12 h 56 min Répondre

    La roussitute de ma vie reviens me tacler avec les cheveux blancs et les souvenirs remontent au fil des témoignages lus sur ce blog.

    Mon père était roux, plutôt vénitien aurait dit ma mère, ce qui n’était pas faux. Probablement pour elle une façon de se protéger quand dans les années 60 elle l’a épousé. Elle me confiait que ses copines de l’époque avaient des vues sur lui, sorte de Gérard Philippe au corps couvert d’éphélides, et que pour les décourager elle leur disait « Tu ne vas tout de même pas sortir avec un roux »? Ce fut sa façon à elle d’éloigner les prétendantes!
    Pour ma grand mère maternelle, la couleur de ses cheveux n’a jamais eu d’importance, il était le fils rapporté qu’elle aimait tendrement.

    Ma grand mère paternelle avait une chevelure d’un roux flamboyant qui lui descendait jusqu’aux reins, épaisse et frisée. C’est ce qui a séduit mon grand père paternel lorsqu’elle gardait les vaches dans un clos du centre Bretagne, il me l’a dit.
    Surement pas son intelligence et son empathie pour celle que j’ai toujours considérée comme une Folcoche.

    Enfant, je pestais contre ma peau pâle qui ne bronzait pas sans rougir mais surtout je lui en voulait de ne pas être couverte d’éphélides comme celle de mon père. A l’adolescence, je les dessinais au crayon sur mon visage et si le tatouage avait été plus démocratisé je pense que je m’en serais tatouée le visage.
    Par la suite, le soleil s’est chargé de ma couvrir de tâches et je les regarde toujours avec bienveillance. Elles me rappellent des souvenirs d’enfance, lorsque mon père roulait avec un pare brise moucheté de tache de « poto-poto » (nous vivions en Afrique) et que le soleil projetait ces taches sur ma peau. Enfin, nous étions les mêmes lui et moi!

    J’avais les cheveux auburn. Long, épais et frisé. Des cheveux de polynésienne que je tenais de mes arrières grands-mères, l’une brune et l’autre rousse. En Afrique je les relevais en chignon de danseuse et je me souviens des yeux émerveillés des personnes des tribus éloignées qui n’avaient jamais vu d’enfant blanc et encore moins de fille aux cheveux longs lorsque je les laissais s’échapper au soleil. Pour eux j’étais une déesse!
    De ce jour ils n’ont jamais été assez roux. Étudiante, le henné était mon ami et ma grand mère maternelle s’y collait régulièrement les WE que je passais chez elle. Plus tard ce fut mon mari. Il a encore le souvenir d’un dimanche matin où ayant laissé la pâte trop longtemps appliquée, le roux tirait au rouge éblouissant. Il dit revoir encore ma crinière qui flamboyait d’autant plus que ce jour là il avait neigé (un comble en Bretagne)!

    Lorsque ma fille est née, le petit duvet de ses cheveux avait des reflets roux sur les photos. j’en était fière! pas ma grand mère paternelle qui elle s’en inquiétait et je réalise aujourd’hui que sa roussitute n’a pas du être facile à vivre à son époque. Aujourd’hui, ma fille est blonde et ses yeux gris sont devenus marrons à un an. Elle opte parfois pour le roux artificiel et c’est une couleur qui lui va bien. La seconde de nos fille est adoptée. Sa peau est noire et ses cheveux aussi mais elle a une petite mèche…

    Aujourd’hui, si mes cheveux sont roux c’est grâce à mon coiffeur. Un jour qu’il avait trop tiré la couleur vers le auburn foncé, mon ainée ne m’a pas reconnue à la terrasse d’un café. je n’étais plus moi.

    Récemment, j’ai pensé abandonner les couleurs, les cheveux blancs ça ne me dérange pas… chez les autres! Je ne me vois pas perdre ce qui a fait mon identité. Quand je retrouve mes ami(e)s d’enfance ou d’adolescence, le souvenir qui leur reste c’est cette chevelure indomptable qui fait la nique au soleil!

    Alors oui, rousse je suis, rousse je reste (et un peu rebelle en plus)!

    • Élodie

      10 janvier 2018 le 18 h 04 min Répondre

      Mille mercis pour ce témoignage ! Je trouve votre propos fin et fort à la fois 😉 !Et oui, être rousse n’est finalement pas qu’une histoire de couleur de cheveux, c’est une histoire d’identité, de vécu, d’expériences qui nous ont forgées. Même si nos cheveux blondissent ou blanchissent, nous restons rousses pour la vie ! Merci !

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