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Témoignage de Karl

Avec ses mots d’enfant, Karl, jeune garçon roux de 12 ans, nous parle de ses relations avec les autres et du regard qu’il pose sur lui.

Comment se construit-on quand on est l’un des rares roux de l’école ? Comment garder confiance quand certains nous rappellent sans cesse à notre différence ? Karl, si j’ai lu une grande sensibilité dans ton regard, j’ai également noté beaucoup de courage dans tes propos, une grande force qui, j’en suis sûre, fera de ta différence la plus belle de tes chances.

« Quand j’avais 5 ans, je suis parti vivre en Allemagne avec mes parents. Je suis entré en CP dans une école traditionnelle du pays. J’avais des copains mais quand je rentrais à la maison, je me faisais embêté par d’autres enfants qui m’appelaient « roter kopf » (tête rouge). Ils me suivaient et s’amusaient à vider mon sac par terre. Ils me menaçaient et m’interdisaient de le dire à mes parents. J’ai mis deux ans avant d’en parler à mon père et à ma mère.

En France, c’est en 6ème que c’est devenu compliqué. Avant, je ne me faisais pas embêter. Mais quelques enfants ont commencé à m’insulter. L’un d’eux m’a dit « Moi, je suis rouciste. Les roux sont une race inférieure« . Lui-même est noir. Je me demande s’il ne me dit pas ça pour qu’on ne l’agresse pas lui ? En tout cas, ma mère est allée plusieurs fois à l’école. Les professeurs ont même diffusé des films qui parlaient des discriminations dont sont victimes les roux.

Et puis, un jour, je me suis battu avec un garçon qui n’est plus mon copain maintenant. Il m’avait giflé, pas à cause de mes cheveux, mais pour une autre raison. On s’est bagarré devant tout le monde et les autres ont vu que je savais me défendre. Je me suis fait une réputation comme ça. Depuis, les choses se sont calmées. Ils se sont mis à moins m’embêter.

Maintenant, je suis en 5ème et à l’école, il y a deux clans : ceux qui sont gentils avec moi, mes amis, et ceux qui se moquent de ma différence. Finalement, eux aussi en ont une, puisque nous sommes tous différents. Mais moi, je ne me moque pas d’eux. Quand on se moque de moi, ça me touche au début, mais moins qu’avant. À force, ça glisse plus sur moi. Je me dis qu’ils sont jaloux et méchants.

Aujourd’hui, je suis content d’être différent. Je n’aurais pas été le même. Et je me dis que je suis un peu comme les rebelles dans Star Wars. J’assume ma différence.

Avant, j’étais le seul roux de ma famille. J’aurais aimé avoir un petit frère avec la même couleur de cheveux que moi. Mais il y a trois ans, ma cousine Rose est née. Elle est rousse aussi. Je suis vraiment content car je me dis que je pourrai la soutenir dans les moments difficiles. Et si un jour, j’ai des enfants roux, je serai content mais j’aurai quand même peur qu’ils se fassent embêtés.

Ma mère m’a proposé de participer au projet de Pascal Sacleux et de te rencontrer pour discuter un peu. J’ai réfléchi pendant deux ou trois jours. Depuis que je vous ai vus, je suis content de savoir que je ne suis plus seul et qu’il n’y a pas que moi qui me fait insulter. Avant, je me sentais un peu isolé. Maintenant, j’ai l’impression de faire partie d’une grande famille.  Je trouve que ma couleur de cheveux est belle et j’en suis fier. »

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Élodie

Blogueuse 100% rousse. Bavarde sans être verbeuse, insoumise mais pas inflexible, j’exhibe ma crinière avec fierté et caractère. Amis roux et rousses, ce blog vous est entièrement dédié !

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