taches de rousseur et épéhlides

Taches de rousseur et éphélides : quelle est la différence ?

Les taches de rousseur sont « de petites macules pigmentées, photodistribuées, apparaissant dans l’enfance sous l’effet de l’exposition au soleil », dixit Wikipédia. Jusque-là, point de surprise, mais saviez-vous que si l’on utilise communément l’expression « tache de rousseur », les scientifiques, eux, préfèrent parler d’ « éphélides »… 

Taches de rousseur ou taches de son, nos si belles ponctuations furent longtemps sources d’inquiétudes… épidermiques ! « Extra-ordinaires », mystérieuses voire inquiétantes, elles furent considérées pendant l’Inquisition comme la marque du diable, la preuve indélébile d’un pacte avec Satan. Et oui, l’ignorance a ses ténèbres que la raison ne connaît pas. Tantôt camouflées, tantôt convoitées, les éphélides cristallisent en leur sein l’idée d’une norme, rassurante pour certains, accablante pour d’autres. De la poudre opaque au laser qui pique,  du crayon douceâtre au tatouage acerbe, les taches de rousseur inscrivent les maux dans nos mots, sans même que l’on ne s’en aperçoive…

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Photo by Éva Balogh on Unsplash

Taches de rousseur vs éphélides : ouvrons nos dictionnaires !

Quoi de mieux, en effet, que d’ouvrir nos grimoirs encyclopédiques ou de – rousse ultra-geek oblige – googliser nos particularités en pointillés. Je suis donc partie en balade lexicale sur Larousse.fr. N’y voyez là nulle (mauvaise) plaisanterie. Quoiqu’on en dise, Larousse reste pour moi la référence.

Tache :
1. Sens propre : salissure laissée sur une surface par une substance qui recouvre ou imprègne une partie de celle-ci.

2. Sens figuré : ce qui ternit de manière durable l’honneur, la perfection, la réputation d’une personne ou d’une chose ; chose honteuse, infâme.

3. Dans la religion chrétienne : marque que laisse le péché sur l’âme. En parlant de la Vierge Marie, « Elle portait elle-même, pendant le trajet, son enfant, comme l’avait fait la vierge sans tache (Montalembert).

Tiens donc… Les éphélides comme la preuve entachée d’un rapport sexuel avec le Diable…

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Et la rousseur dans tout ça ?

Rousseur : teinte rousse, tonalité rousse. Etymologie : rousor.

Jusqu’ici, tout va bien. Alors, creusons un peu plus loin…

Rousor est la racine des mots roussir, roussiller, roussissement.

Vous me suivez ?

Roussir : donner une couleur rousse à quelque chose, en le soumettant à une chaleur trop forte. Brûler superficiellement quelque chose.

Donc, si j’en crois le Littré, le CNRTL et Larousse.fr (fidèle, vaille que vaille !), les taches de rousseur ne sont ni plus, ni moins que les marques indélébiles et impures d’un pêché commis non loin d’une source de chaleur. Si le Soleil brille, les flammes de l’enfer, elles, brûlent. Diantre, Satan lui aussi avait chaud !

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Photo by Christopher Harris on Unsplash

Alors quid de ce terme encore aujourd’hui mal connu ?

Éphélide : on reconnaît dans ce terme le préfixe « épi- » (« à cause de », « à la suite de ») et le radical « héli- » (hélios,  « soleil »). Il peut donc s’interpréter comme un « effet du soleil ».  Cartésienne et concise, cette définition est bien en corrélation avec la thèse scientifique. Quant à Hélios, il est la personnification du Soleil et fut progressivement assimilé à Apollon, dieu de la musique et des arts. Les Grecs lui vouaient un culte très puissant. (Wikipédia)

Ah, le Soleil, Hélios, la Grèce et ses dieux peuvent partir en bataille contre Satan, ses flammes et ses méfaits ! De taches de rousseur, ne me parlez plus. Je préfère de loin les éphélides et leur analogie céleste ! Flatter son ego ne fait jamais de mal, surtout lorsque la courbette n’est qu’étymologique.

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« La langue, ancrage des préjugés »

Dans La rousseur infamante, la chercheuse Valérie André affirme que « les mots véhiculent les perceptions d’une société ». Elle explique ainsi que « le terme roux est toujours associé au rouge (…) Le roux héritera alors de toute la signification symbolique du rouge dans nos sociétés occidentales et de celle du feu« . Le rouge, couleur du feu impur, le rouge, couleur de la passion, du sang, de la violence.

De la même façon, l’expression « tache de rousseur » fait partie de ces formules péjoratives qui, si tant est qu’on les décrypte un peu, portent les stigmates de représentations archaïques. Le préjugé s’éclipse, mais les mots restent.

Notre langue est vivante, s’imprègne de l’inconscient collectif et évolue au gré de nos constructions symboliques. Nommer n’est pas juste dire, c’est emporter dans notre verbe une partie de nos représentations.

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Photo by Bernard Tuck on Unsplash

Ainsi, ma coiffeuse m’a-t-elle dit un jour « Mais vous, vous n’êtes pas vraiment rousse ? Vous êtes blonde vénitienne. » Nommer ma chevelure de la sorte devait lui apparaître plus élégant. Elle se voyait déjà à Venise, pendant la Renaissance italienne,  coiffant et démêlant ces femmes qui prenaient soin de leur crinière sur un air de clavecin… Qu’on se le dise,  le blond vénitien, c’est le top du chic linguistique…
Perdue dans ses rêveries capillaires, je l’ai tout de suite arrêtée avant qu’elle ne s’envole définitivement en Italie : « Et vous, connaissez-vous l’origine du « blond vénitien » ? Les femmes de l’époque se décoloraient les cheveux en y appliquant de l’urine humaine et/ou animale. Après y avoir déposé une poudre à base de safran et de citron, elles exposaient ensuite leurs cheveux au soleil. C’est de là que ça vient. »

Et toc, ça fera 15 €…

Chère coiffeuse, ne m’apostrophez plus en refusant de nommer une part de mon identité : je suis rousse et j’en suis fière. Dire ma rousseur ne devrait pas poser problème.

L’écrivain américain Mark Twain avait saisi bien avant moi ce caprice linguistique. Il affirmait ainsi : « Quand ils accèdent à un certain degré de l’échelle sociale, les roux ont les cheveux qui virent à l’auburn « . Tiens, faudrait que je retourne voir ma coiffeuse…

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Photo by Gabriel Silvério on Unsplash

Comment dit-on « tache de rousseur » à l’étranger ?

Vous n’êtes pas convaincu par les éphélides mais plus vraiment adeptes des taches de rousseur ? Allons regarder ce que l’on dit de nous, ailleurs sur la planète :

Sommersprosse en allemand, freckle en anglais ou fräkne en suédois, on les nomme peca en espagnol ou bintik-bintik en indonésien. Les Bretons, dont je suis, parlent de pikoù panez !

Et pourquoi pas ornements de rousseur ? C’est ainsi que Pascal Sacleux, photographe roux et engagé, a décidé de nommer l’exposition qu’il nous a consacrée en juin dernier. « Si l’on parle de « grains de beauté », pourquoi dit-on « taches de rousseur » ? Je préfère de loin l’idée d’ornements. Les éphélides sont si belles et méritent d’être mises en valeur !  »

Et vous, que préférez-vous ?

Photo de Une : Nathan Dumlao on Unsplash

Miss Ginger

Blogueuse 100% rousse. Bavarde sans être verbeuse, insoumise mais pas inflexible, j’exhibe ma crinière avec fierté et caractère. Amis roux et rousses, ce blog vous est entièrement dédié !

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