« Ornements de rousseur » de Pascal Sacleux: un vernissage aux couleurs d’automne

« Ornements de rousseur », c’est l’histoire d’un photographe roux, Pascal Sacleux, qui a souhaité mettre à l’honneur des hommes, des femmes et des enfants souvent poussés à la discrétion à cause de leur couleur de cheveux. Pendant plusieurs mois, il aura arpenté une bonne partie du Grand Ouest pour photographier plusieurs dizaines de rousses et de roux. Le vernissage de l’exposition, le 5 mai dernier, fut l’occasion pour chacun de rencontrer ceux qui, comme moi, avaient accepté de faire partie de cette belle aventure. Retour sur une soirée tout sourire et chargée d’émotions.

© Olivier Richard

Ce soir-là, armée de mon appareil photo et de mon bloc-notes, je longe avec une certaine hâte les baies démesurées de l’aéroport. Mon portrait, je l’ai déjà vu. Imbriqué dans une mosaïque où je me perds parmi des dizaines de roux. Sensation déstabilisante car peu coutumière. Sensation fugace, encore un peu abstraite dans mon esprit. Evidemment, je suis en retard comme à mon habitude. J’accélère le rythme, tête baissée pour éviter la pluie qui s’est invitée dans le ciel breton. L’aéroport de Rennes, je n’y suis jamais allée. Je lève donc de temps à autre le regard à la recherche de… roux. Première réflexion qui s’invite à moi: « Je cherche des roux comme point de repère ». Cela m’amuse, c’est bien la première fois. Un homme, puis une femme et sa fille me sourient au travers des vitres. Ils ne sont pas roux mais ils ont dû en voir passer avant moi. Leurs sourires sont bienveillants. Que se disent-ils? S’interrogent-ils sur cette déferlante rousse? Décidément, je trouve cela plaisant. Un quart d’heure de retard… Mes yeux se lèvent une dernière fois à la recherche de l’entrée principale de l’aéroport. Derrière la baie parsemée de gouttes d’eau, deux roux, en grand format, surplombent enfin le bâtiment de verre. Cinq minutes de marche et mille réflexions à l’esprit. Je m’engouffre dans le hall, avide d’émotions et de rencontres.

Le jour où ma fille ne me retrouva pas dans la foule

Maman le jour, blogueuse la nuit. Nous étions en fin de journée. La frontière temporelle était mince et l’envie de partager bien présente. J’avais donc décidé d’embarquer mon deuxième lutin avec moi. La tolérance face à l’altérité et l’attrait pour l’art s’inculquent tôt. Ma collaboratrice de choc, sitôt entrée dans le hall, exprima tout haut ce que je ressentais tout bas: « Mais il y a plein de roux!« . Oui, des roux… partout. Et quelques bruns et blonds. Une minorité pour une fois.

Pascal Sacleux m’accueille, tout sourire comme à son habitude et visiblement ravi de voir tous ses modèles rassemblés en un même lieu. Deux bises plus tard, je file découvrir l’exposition. Je trouve tous les portraits magnifiques. Je les ai déjà tous vus mais leur puissance se révèle à mes yeux lorsqu’ils m’apparaissent en si grand format, alignés les uns à côté des autres. Des enfants, des hommes, des femmes… des regards et des sourires. Je suis songeuse (une rousse ultra-cérébrale… un véritable enfer!).

Je me dirige vers la mosaïque tentant au passage de retrouver mon mini-moi, qui a visiblement préféré chercher où était le buffet. Je réfléchis: 50 centimètres de latitude supplémentaire accordée chaque année. Elle devrait être tout au plus dans une circonférence de six mètres. En cherchant les chips et les bretzels, je devrais la retrouver.

Justement, Pascal Sacleux nous invite à gagner l’étage pour échanger autour d’un verre. Nous nous dirigeons tous vers l’escalator. Un pied sur la première marche. Le mécanisme m’emporte. Mes yeux parcourent tous ceux qui m’entourent: des roux cuivrés, des roux orangés, des roux aux teintes vénitiennes et tant d’autres. Je remarque alors une chose: beaucoup de femmes et de jeunes filles ont choisi comme moi de détacher leurs cheveux. Geste conscient ou involontaire? Pour ma part, venir avec mon chignon habituel relevait de l’hérésie. Rousseur et identité, vaste sujet!

Jus de fruits, sodas et gourmandises salées sont en place. Numéro 2 toujours hors de vue. Elle va me retrouver, c’est sûr. Elle me retrouve toujours. Je m’approche de l’assiette de Curly, j’adore ça. Mais Pascal Sacleux prend la parole. Je n’oserais brouiller son discours par quelques sonorités croustillantes et crispantes. Une main sur l’objectif, l’autre rangée dans la poche. Je suis toute ouïe. Mon estomac attendra.

Il est manifestement ému et heureux de revoir tous ces visages et ces sourires. Et de rappeler que chacune de ces rencontres a sa propre histoire: quelques mots partagés pour certaines, des confidences plus lourdes pour d’autres. Il a ressenti un bel élan, nous remercie pour le soutien que nous avons pu lui apporter.  « Nous sommes tous beaux » se plait-il à répéter.

Puis vient la photo de groupe. Amusés, crispés, imperturbables… Je lis toutes ces émotions sur les visages de ceux que je vois se rassembler autour de Pascal. Un œil sur l’objectif qui me fixe, l’autre apercevant enfin mon lutin, je frôle le strabisme dans un soupir de soulagement. Elle n’aurait pas dépassé les six mètres réglementaires, voulant sauter trois classes d’un coup?

« D’habitude, je te retrouve tout de suite avec tes cheveux. Mais là, j’ai eu l’impression de voir ma mère partout... »

La maman, redevenue modèle l’espace d’un instant, endosse à nouveau son habit de blogueuse. C’est avec l’esprit malgré tout léger que je pars à la rencontre de quelques-uns de ces roux.

Paroles de rousses et de roux

Lucille: « J’ai rencontré Pascal Sacleux à l’aéroport de Rennes, alors que je rentrais d’un voyage à Dublin. J’ai accepté de participer à son projet, de manière assez naturelle, sans trop me poser de questions. Au quotidien, je vis bien ma couleur de cheveux. Mais je suis consciente que certains roux sont victimes de préjugés. Je m’interroge sur leur origine à vrai dire. Pourquoi se moque-t-on autant de nous? C’est juste une couleur de cheveux.  Ce projet peut faire avancer les choses, du moins je l’espère« .

 

 

Alban: « J’ai rencontré Pascal Sacleux en faisant du stop il y a deux ans. Nous avons sympathisé. Il y a quelques mois, il m’a parlé de son projet. J’ai trouvé le principe sympa même si pour ma part, ma rousseur ne m’a pas gêné plus que ça. Je ne cherchais pas à faire l’apologie des roux en participant à l’expo! En tout cas, j’aime beaucoup la photo qu’il a prise de moi. C’est assez amusant de se voir comme ça en grand format! ».

 

Justine: « Mon père et Pascal Sacleux se croisent parfois dans le cadre professionnel. C’est comme ça que j’ai eu connaissance de cette exposition. J’ai trouvé que c’était une bonne idée et j’ai eu envie d’y participer. Certains roux subissent encore des moqueries. Même si cela est rare, je suis moi-même de temps en temps la cible de blagues qui ne me font pas toujours rire. A vrai dire, je me demande surtout pourquoi on me dit tout ça. Je ne comprends pas. » Et sa mère d’ajouter: « Pour ma part, j’étais très fière de voir ma fille ainsi mise à l’honneur! »

 

Renan: « Je travaille à l’aéroport avec Pascal. Son projet m’a intéressé car nous faisons partie d’une minorité. De ce fait, les roux, et surtout les enfants roux, sont souvent victimes de discriminations. Ce n’est pas parce que l’on a cette couleur de cheveux que l’on doit être considéré comme différent. Je trouvais que nous mettre en avant était une bonne idée. Ma photo apparaît dans la mosaïque et je me sens totalement en harmonie avec les autres. J’ai la sensation qu’il y a un lien entre toutes ces personnes. »

 

Marie-Louise: « Je connais Pascal Sacleux depuis toute petite. C’est un ami de mes parents. Me voir en grand format sur un lieu où il y a tant de passage me fait bizarre! Ed Sheeran et plusieurs youtubeurs dénoncent aussi les préjugés dont nous sommes encore victimes. Les roux sont solidaires et je trouve ça positif. »

 

 

Marylène: « J’ai découvert le projet de Pascal Sacleux grâce à un article paru dans 20 Minutes. J’ai tout de suite trouvé cette idée intéressante. Adolescente, ma rousseur me faisait sortir du lot, malgré moi. J’ai alors développé une certaine timidité, préférant restée en retrait pour ne pas trop me faire remarquer. C’est à 20 ans que je me suis enfin réconciliée avec ma couleur de cheveux, grâce aux paroles bienveillantes d’un coiffeur rencontré à Paris. Si j’ai longtemps manqué de confiance en moi, j’aime aujourd’hui ma couleur de cheveux. Je la vis pleinement. Participer à cette exposition était un vrai défi pour moi ».

Joseph et sa maman Gwenola: « Cet hiver, alors que nous nous promenions en famille, Joseph qui jouait un peu plus loin est revenu vers nous en larmes : deux grandes filles lui avaient dit en riant : « T’es roux, tu pues ! « . Il était choqué et moi, franchement énervée!  J’ai alors mis un post à ce sujet sur ma page Facebook.  Un ami photographe m’a alors parlé du projet de Pascal Sacleux. Joseph a tout de suite été partant. Le fait de voir tous ces portraits, notamment ceux des hommes dans lesquels il pouvait se projeter, a eu un impact vraiment positif sur lui. Pour moi, ça a été un très bon moyen d’aider mon enfant à être plus fort et fier de ce qu’il est. »

Je laisserai une fois de plus le mot de la fin à Pascal Sacleux: « Durant ce vernissage, j’ai ressenti beaucoup d’amour de la part de gens que je connaissais tous, mais qui ne se connaissaient pas entre eux. J’ai vu beaucoup de sourires et tous paraissaient heureux d’être là, comme si c’était leur place. L’aventure n’est pour autant pas terminée. Je projette de faire voyager cette exposition et je continue de photographier des rousses et des roux! »

Si vous passez près de l’aéroport de Rennes avant le 15 juin 2017, n’hésitez plus et venez découvrir ce beau projet! Et pour en savoir davantage , vous pouvez aussi jeter un œil à l’interview que j’avais consacrée à Pascal Sacleux il y a quelques semaines…

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4 pensées sur “« Ornements de rousseur » de Pascal Sacleux: un vernissage aux couleurs d’automne

  1. Merci et Bravo.J’apprécie la façon dont tu as retranscris ce que je t’ai confié. Tu as une jolie écriture, alors continue ton blog.

    1. Merci Marylène pour tes encouragements. Et merci également pour cet échange tout en sincérité.
      Merci à tous d’ailleurs pour votre participation et les quelques instants que vous avez bien voulu m’accorder!

  2. C’est vrai que votre plume est autrement plus relevée que la moyenne des blogueuses. Bravo et merci.

    1. Merci. J’écris ces articles pour comprendre tout ce qui se joue autour de la rousseur mais aussi par amour (passion devrais-je dire!) de l’écriture. Votre commentaire me va donc droit au cœur!

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