Contre le racisme anti-roux: moi aussi, j’ai posé pour Pascal Sacleux !

Nombreux sont les roux qui auront entendu parler de lui ces dernières semaines. Pour nous rendre hommage, Pascal Sacleux a en effet décidé d’immortaliser nos visages dans le cadre d’une exposition qui se tiendra à l’aéroport de Rennes du 1er mai au 15 juin. Originaire de Pantin et nomade dans l’âme, le photographe vit désormais près de Rennes, tout comme moi. Alors qu’il rentrait tout juste d’un séjour aux Etats-Unis, j’ai donc décidé de parcourir les 30 petits kilomètres qui nous séparaient pour échanger avec lui… et poser pour son exposition. Pour moi aussi, dire non au racisme anti-roux! Rencontre…

Pascal Sacleux

« Tous les roux sont beaux! »

J’aurai été le 64ème portrait de son expo mais c’était une première pour moi! Je vous avouerais qu’en arrivant devant chez lui, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. J’imaginais déjà la toile de fond, les éclairages en pagaille et les poses obligées…

Un dernier coup d’œil à mes cheveux, stars du moment, et je me décide enfin à frapper à sa porte. Sweat à capuche sur le dos et mains dans les poches, Pascal Sacleux m’accueille tout sourire, visiblement ravi de pouvoir échanger de nouveau sur le projet qui le porte en ce moment.

Nous ne nous connaissons pas mais notre couleur de cheveux nous rapproche. Un même vécu, des amertumes partagées ou une sensation commune d’injustice… Je ne saurais l’expliquer mais il me met rapidement à l’aise.

Notre rencontre a lieu en fin de journée, à une heure où les rayons du soleil commencent à se raréfier. Nous échangeons encore quelques mots et le moment de la prise de vue arrive déjà. Ni arrière-plan fantaisiste, ni lumière artificielle. Les couleurs de l’instant sont les seules nécessaires. Il imprime en plan serré mon visage de tous les jours, mon visage de rousse, naturelle.

Pascal Sacleux se refuse en effet à tout artifice: « Mes photos ne subissent aucune retouche. Je veux que les gens soient eux-mêmes. Je m’interdis par exemple toute mise en valeur des éphélides comme cela peut se faire ailleurs. Mon exposition n’a rien à voir avec un concours de beauté. Il n’y a aucune sélection ». A l’image de ses maîtres Sabine Weiss et Seydou Keita, le but de Pascal Sacleux est de capter la profondeur de ses modèles: « Ne faire que des portraits est un véritable parti-pris. Mon objectif: saisir cette petite lumière au fond des yeux de ceux que je photographie, dans le but de mettre en évidence ce qui fait leur identité, leurs forces et leurs fragilités. »

Il va même plus loin: « Pour moi, les rousses pourraient être comparées à des fées. Je trouve d’ailleurs le terme d’éphélides particulièrement évocateur. Les hommes, eux, m’ont également beaucoup touché par leur courage. Mais s’il fallait trouver un point commun à tous ceux que j’ai rencontrés, je dirais qu’ils étaient tous très doux. Malgré la carapace que bon nombre d’entre eux ont dû se forger, ceux-ci restent néanmoins des êtres très ouverts d’esprit. Et c’est en cela aussi que je les trouve beaux et méritants. »

Une expérience au-delà de ses espérances

Lorsqu’il a entamé cette aventure, Pascal Sacleux n’imaginait pas que son projet susciterait un tel engouement: « Je suis porté par tout ce qui se passe. Beaucoup de personnes m’ont contacté pour m’encourager, me féliciter et me remercier. J ‘ai même vu des visages s’illuminer lorsque je parlais de mon projet. D’autres semblaient soulagés… de ne plus se sentir seuls, je pense. Pour ma part, l’objectif de cette exposition était double: mettre en avant les roux et montrer aux autres à quel point ils sont beaux. Et surtout redonner confiance aux roux qui doutent d’eux-mêmes« .

Depuis plus d’un an, il aura sillonné une bonne partie du Grand Ouest, dans un triangle allant de Saint-Malo à Nantes en passant par Vitré: « J’ai débuté ce travail en photographiant Gabriel, un jeune roux de 13 ans dont j’avais fait la connaissance à quelques pas de chez moi. Puis,  les choses ont progressivement pris de l’ampleur. J’ai photographié des voyageurs ou visiteurs roux que je rencontrais à l’aéroport. Une véritable pépinière! J’ai également sollicité des personnes que je rencontrais, un peu au hasard, au supermarché ou dans la rue. Puis le bouche-à-oreille a fait le reste. » Avec une pointe de regret dans les yeux, il poursuit: « Fin mars, je vais devoir arrêter les prises de vue car il faudra penser à la mise en place de l’exposition. Mais si je le pouvais, j’aimerais photographier tous les roux car je les trouve tous beaux! » 

L’exposition « Ornements de rousseur » se tiendra du 1er mai au 15 juin dans le hall de l’aéroport de Rennes. Trente photos seront sélectionnées par un directeur artistique pour apparaître en grand format. Mais l’ensemble des portraits sera visible sous la forme d’une mosaïque géante.  «  Il m’était impossible de choisir. J’aime chacun de ces portraits. J’ai apprécié chacune de ces rencontres. Voilà pourquoi j’ai préféré m’en remettre à une personne extérieure. Concernant le vernissage, je suis déjà impatient de voir une marée orange déferler à l’aéroport ». Et d’ajouter en riant: « Finalement, je rêverais qu’on soit tous potes et qu’on fasse un Woodstock, version red! »

« Il n’y a pas de communauté rousse »

Si on l’interroge sur le motif de cette exposition, le photographe d’expliquer: « J’ai toujours été sensible aux minorités qui étaient confrontées à des injustices. Pour autant, je ne vois pas ce projet comme une revanche mais plutôt comme une mission. »

Chaque prise de vue a amené en effet des échanges: « J’ai entendu des témoignages émouvants, de femmes notamment, dont on cachait les cheveux lorsqu’elles étaient petites. Je suis d’ailleurs scandalisé par la banalisation du racisme anti-roux. Pour ma part, je n’ai jamais rasé les murs à cause de ma couleur de cheveux, mais je sais à quel point certains roux souffrent de leur isolement. Cependant, mon but n’est absolument pas de créer une communauté rousse. Cela mènerait à une forme de ghettoïsation qui serait par essence une source de souffrance. Il ne s’agit pas de se venger mais de créer un lien. A ceux qui souffrent, je voudrais simplement dire qu’ils ne sont pas seuls. La seule communauté que je souhaite créer, c’est celle de l’exposition. On ne peut être liés que par nous-mêmes« .

Pour l’aider dans sa démarche, Pascal Sacleux a lancé un appel au financement participatif sur la plateforme bretonne Kengo afin de récolter 3.500 euros pour payer le tirage des portraits sur des bâches. Vous aussi, vous pouvez apporter votre pierre à l’édifice!

Saurez-vous me trouver?

Si comme moi, vous avez la sensation étrange que tous les commerçants du coin se souviennent de vous, ne trouvez-vous pas amusant de passer incognito pour une fois? Un grand merci à Pascal Sacleux pour tous ces magnifiques portraits!

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